Ecrit à Beijing (China)
Ce
matin, enfin…hier matin… je me suis levée vers 05h30 pour aller vers les
montagnes…m’enfoncer à l’intérieur de cet univers dont j’ai si souvent rêvé…
depuis que je suis en Chine…
Vendredi,
nous décidons avec des amies d’aller à 十渡
- Shidu qui veut dire les 10 passages, ici on parle des 10 passages que la
rivière emprunte.
Après
un périple pour trouver le bus 917 en direction de Shidu, on nous annonce qu’il
faut prendre le 917 qui s’arrête à 张坊
(ZhangFang) puis reprendre le 917 pour Shidu ! Après 2h30 de bus, nous
arrivons à ZhangFang et prenons finalement une petite fourgonnette qui nous amène
directement à Shidu, quel périple !
十渡, ce sont des montagnes à
perte de vue… Mais des immenses montagnes… celle que l’on regarde et qui nous mène
à dire que nous sommes tellement minuscules. C’est ce sentiment qui me plaît…
L’humilité… nous ne sommes rien… et de retrouver cette perception de la Vie à
travers un environnement…
Nous
sommes allées du côté « touristes », 60 rmb la place et des
attractions aux alentours… C’est vraiment sympa d’y aller en groupe, on peut
vraiment se divertir et faire les fous !
J’ai
un flash, je décide de rester pour la nuit !
Je
ne sais pas où, comment, pourquoi mais j’ai juste envie ! Laisser faire…
Laisser sentir… Juste « écouter » son Cœur…
(Pour
une fois, j’ai du temps… Je suis dans un endroit magnifique alors comment se
retenir ? Et pourquoi ? )
A la
fin de la journée, mes amies s’en vont…
Je
trouve un lieu où dormir… avec les locaux… je mange avec eux… le repas est
simple mais largement suffisant, ils se nourrissent de poisson et d’une plante
odorante qui pousse partout dans ces montagnes…
Je
m’endors à 22h (après un coup de fil de ma petite Mama :)
Mon
réveil sonne à 05h, le temps n’est pas de la partie, pas de soleil donc je me
rendors et me lève à 05h30, je pars pour 06h vers les montagnes… Je décide de
ne pas aller vers le site touristique mais de l’autre côté où je suis sûre de
ne trouver aucun touriste…
Dès
l’entrée… le chant des oiseaux, quelle délicieuse musique (ça change de mon mp3
et certes de ses musiques relaxantes)…le bêlement des brebis…une femme qui fait
sa gymnastique du matin… elle pousse des cris vers la montagne…son écho
retentit… elle le fait si naturellement… j’ai un petit sourire aux lèvres
tellement c’est surprenant pour une « fille des villes » que je suis
et en même temps tellement simple… Je me sens bien…Ça fait du bien… de
retrouver toute cette simplicité…
Sur
le chemin, je m’aperçois que j’entends même mes pas sur le chemin caillouteux…
c’est agréable… Des oiseaux passent et lorsqu’ils s’envolent, le son ressemble
à celui d’un cheval lorsqu’il hennit… Au début, j’ai un peu de mal à m’y
habituer… Et ça m’a un peu fait peur… mais l’atmosphère vous enivre de toutes
ses forces… C’est formidable ! Je décide de monter tout en haut vers la
cime d’une des montagnes… pour admirer la vue, pour sentir la montagne tout en
« entier », pour mieux toucher le vent… Quelques égratignures,
quelques bleus et le tour est joué J Je suis fière de moi !
Tout en haut, une vue resplendissante de simplicité…Un « vert »
magique… Je m’allonge sur le rocher et ferme les yeux… hmmm… j’ouvre les yeux…
Non, je ne rêve pas ! Je suis bien là, ici, maintenant, tout de
suite ! A gauche, des montagnes, à droite, des montagnes ! Je reste
là… je ne sais combien de temps en me demandant en même temps si je reste là
toute la matinée ou si je continue de marcher vers l’intérieur… On m’a dit
qu’il y avait des gens qui vivaient tout en haut !
Au
loin, des grondements m’arrivent aux oreilles, je pense que c’est le
bruit des pétards que j’ai entendu au matin pour un mariage… Je reste pensive
sur mon rocher et n’y prête guère attention…Le temps passe…
Soudain,
une goutte…puis une deuxième…des grosses gouttes de pluies…Et là, je me dis…
« Le ciel devenais noir, le vent se levait, tu aurais pu t’en rendre
compte ma petite ! » Je dévale la descente à toute allure… Je suis un
peu prise de panique car j’entends le tonnerre tout près de moi, je vois les
éclairs et il fait de plus en plus noir… Je commence à être bien mouillée… Je
trébuche, manque de tomber mais continue ma descente entre les arbres, les
rochers, la boue… J’arrive enfin en bas par je ne sais quelle force et quelle
rapidité ! Je cours vers la maison la plus proche et là un couple de
« vieux paysans » m’accueille à bras ouverts… J’ai froid, je suis
trempée et je tremble un peu…
On
me prête une chemise pendant que mes habits sèchent et pendouillent dans la
cabane… L’orage gronde fortement… Je n’aurais jamais imaginé entendre un tel
orage en Chine… Mon rêve est à son comble, la Nature à son apogée… enfin, le
caractère brut de Dame Nature ! Enfin, de la vraie pluie, enfin je respire
à plein poumon cette odeur de feuilles, d’arbres, d’herbes mouillées… Quel
bonheur d’être ici… J’aurais voulu tout organiser, je n’aurais pas fait mieux…
Mon petit couple me prépare un ragout de maïs et de graines de flageolet… Wei
Xian Sheng (Monsieur Wei) fume… Mais ici la cigarette va avec le lieu…ça ne me
dérange pas… C’est si naturel… il ne se force pas, il n’est pas stressé, il
fume, c’est tout.
Je
discute avec eux… ce n’est pas évident mais les sourires sont présents… Ils
n’articulent pas forcément quand ils parlent… Mais ils font des efforts… Nous
discutons pas mal… Il a 67 ans et elle en a 63. Ils ont 13 chèvres et des
chevreaux tout mignons. Ils habitent ici depuis plus de 40 ans… Les questions
qui reviennent sans cesse « où habites-tu ? Quel âge as-tu ?
Que fais-tu à Beijing ? » « As-tu un petit ami ? »…
Puis
je me sens un peu fatiguée, j’ai les paupières qui se ferment… Ils enlèvent la
poussière sur le lit qu’ils me proposent …je m’allonge…sans gêne… Je m’endors…
Lorsque
je me réveille, ils sont en train de manger des cacahuètes fraiches… Toutes les
journées sont rythmées par la Nature… Il fait beau, ils sortent travailler la
terre, s’occupent de leurs chèvres, ils font la sieste, mangent les fruits de
la Nature, discutent entre eux… Des voisins ne sont pas très loin et viennent converser…
Le temps ralentit… Je me sens tellement bien…
Ils
m’invitent à partager le repas composé de pain rond cuit comme une pizza, le
même ragout de maïs et flageolet du matin ressorti du placard, les légumes qui
ne sont autres que les feuilles des plantes à l’extérieur… ça sent bon… un peu
salé mais pas mal.
Il
est déjà 13h, je décide de prendre congé. Je prends des photos de Monsieur Wei
et de 阿婆 (Apoh – Grand-mère)…
J’adore les personnes âgées… Si simples et si vraies… Ils me disent que j’ai
les photos mais pas eux ! Je leur promets de repasser, de leur donner les
photos et de leur rendre en même temps la chemise qu’elle veut m’offrir pour
que je n’ai pas froid… Dans un mois, les arbres seront en fleur me disent-ils…
Va pour un mois… J’adore ce lieu, j’adore ces gens et je ne suis pas allée
jusqu’au village tout en haut de la montagne ! J’enlasse Grand-Mère et les
quitte d’un sourire et d’un geste de la main… Magnifiques moments… Mon Cœur est
vraiment léger…
C’est
vraiment dur de s’arracher de ce lieu pour retourner à la ville… Je me tâte,
reviens sur mes pas, repars et décide de remonter sur un pic de montagne (en
faisant attention à ne pas me laisser surprendre par l’orage)… Le vent est fort
mais le ciel n’a pas l’air de s’obscurcir… Heureusement que j’avais fait un peu
d’escalade avant car certains passages ne sont pas évidents… J’en avais les
membres qui tremblaient… Si je lâche, je tombe et… J’aime l’escalade… Un sport
très « mental »…
Au
sommet, une vue des 2 côtés de la montagne… il n’y a plus de brume… C’est
magnifique… Ce courant électrique qui vous parcourt de bas en haut, de haut en
bas… et le vent qui siffle dans vos oreilles… un sentiment de sérénité… hmmm…
Rationnellement,
une journée de montagne… mais dans mon Coeur, j’ai l’impression d’y être resté
une éternité… Un voyage de plaisir des sens… L’âme légère… Les batteries
rechargées en attendant de repartir dans ce monde qui m’appelle de plus en
plus…
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